samedi 24 novembre 2012

Chapitre 1 : L'italien

« Vendu ! » Le commissaire priseur abattit son marteau dans un grand bruit sec après que le numéro 24 achète ce dont il avait "besoin" pour embellir son jardin.
« Nous allons maintenant passer à l'article 119. Il est polyvalent, et sert surtout pour la cuisine. On commence les enchères à 300 ! »
" Ah ! Enfin, c'est à moi ! " pensai-je.
« - Je prends !
- J'en offre 310 !
- 320 !
- 340 !
- Je le prends pour 400." C'était le 24 qui avait donné la dernière offre. Il était tellement monté haut que plus aucun autre potentiel acheteur ne semblait vouloir surenchérir.
« Une fois ! Deux fois ! Trois fois ! Vendu au numéro 24 pour 400 000 tores ! »
Bon sang, cela faisait la troisième fois que je changeais de maître, et il a fallu que je retombe une fois encore sur un de ces fichus hotables ! Ils s'accaparent absolument tout, ces salauds ! Ils pourraient quand même laisser un horgeois acheter le pauvre esclave que je suis !
C'est vrai, quoi ! Les hotables sont tout en haut de la pyramide du pouvoir, ils pourraient au moins laisser quelque chose pour ceux en dessous. Ce monde a été témoin de 3 révolutions depuis 2012. On aurait pu penser qu'avec tout ça, on aurait eu un minimum d'égalité... Mais non ! Il a fallu que seules des personnes ayant eu un minimum de pouvoir politique ou énormément d'argent -et bien souvent les deux- s'accaparent le pouvoir.
À la première révolution mondiale en 2013, c'était une pure démocratie : tout le monde votait, sauf les mineurs. Et la première loi votée fut : l'abolition des armes à feu ! Au départ, ça paraissait vraiment génial, mais ils ont totalement oublié la contrebande, et en 2015, les fabricants d'armes prennent le pouvoir.
Ils instaurèrent une sorte de monarchie à plusieurs rois, et finirent par s’entre-tuer. Depuis, on a perdu la méthode de fabrication des armes à feu -en tout cas, des vrais.
Enfin bref, il y a eu plusieurs passes de pouvoirs, et maintenant, on en est au système actuel : une pyramide du pouvoir séparée en seulement trois parties : les hotables en haut, les horgeois au milieu, et enfin nous, les esclaves. Les hotables sont les seuls à être autorisés à manier une arme, à part les soldats et les esclaves chargés de la protection rapprochée. Toutes les armes sont autorisées pour eux : le katana, l'épée simple, le bouclier, le fleuret... La monnaie mondiale est devenue le tore. 1 tore équivaut environ à 3,2 anciens euros.
Au départ, je faisais partie de la classe du milieu, mais on m'a collé un procès et de ce fait, j'ai été « rétrogradé » au rang d'esclave. Au départ, j'appartenais au hotable qui m'avait traîné en justice, mais il a été tué lors d'un duel avec un autre hotable. Alors, j'ai été transféré chez le vainqueur de ce duel, comme la totalité des biens de mon ancien maître. Il m'avait désigné en tant que cuisinier avant de décider de me vendre.
Du coup, me voilà acheté par un autre hotable, comme à peu près tous les autres esclaves de cette vente. En tout, on était une trentaine. Après être venu nous chercher, nous montâmes dans ses voitures -oui, je dis bien SES voitures, c'est un hotable, après tout.
Durant le trajet, je pus l'observer au travers de la vitre de protection qui nous séparait. Il avait entre 30 et 35 ans, le visage fin et des cheveux châtains lui arrivant au milieu de la nuque. Son menton pointu accentuait la finesse de son visage, et ses yeux noir profond faisait ressortir sa légère pâleur. Ses vêtement étaient dignes de son statut social : un costume italien bleu marine accompagné d'une cravate rouge vif et de chaussures de luxe. Rien que celles-ci valaient au moins aussi cher que moi.
Je n'appris son nom qu'en arrivant devant le portail de sa villa de bord de mer, avec son nom en grosses lettres de fer forgé : « VILLA VANUCCI ». Bon sang, non seulement mon nouveau maître était un hotable, mais en plus il était italien. Moi qui détestais les ritals, j'étais servi !
Le portail s'ouvrit sans le moindre grincement, et le cortège de voitures entra dans le domaine. Le jardin était somptueux : une pelouse courte et vert clair, une allée de gravier bordée de cyprès, et au bout de cette route une villa azuréenne avec des murs d'un blanc immaculé, un toit en tuiles rouge sombre ainsi que des volets bleu ciel.
Un majordome vint ouvrir la porte à l'italien, qui descendit avec un air naturel et détendu :
« -Jordan, as-tu préparé la salle d'entraînement comme je l'avais demandé ?
-Oui, ne t'inquiètes pas, Adrianno, j'y ai bien fait attention. »
" HEIN ?! C'est moi ou le majordome a tutoyé son maître ?! Aïe, aïe, aïe, il va se faire taper sur les doigts... " pensai-je.
« -Je te remercie. Tu peux rentrer chez toi, maintenant.
-'Y a pas de quoi. Je reviens demain à l'heure habituelle, ou tu veux que je vienne plus tôt ?
-Désolé, mais tu vas devoir te lever tôt demain : nouvelles recrues, fit mon maître en nous désignant tandis qu'on descendait des voitures.
-OK, à demain alors. »
J'étais abasourdi par ce que j'avais vu. Même mes anciens esclaves ne me parlaient pas ainsi. Pourtant, je laissais tout passer à ce niveau-là -du moment qu'ils ne m'insultaient pas- mais jamais ils ne m'avaient tutoyé !
Vanucci nous emmena ensuite dans une salle immense tapissée de tatamis. Il n'y avait aucune fenêtre, et sur un des murs était exposée une centaine d'armes en tout genre : toutes celles qu'un soldat peut maîtriser.
Mon nouveau maître nous demanda de prendre une arme sur le mur en question, celle de notre choix.
Ayant eu des cours clandestins de kendo -ce qui m'a d'ailleurs valu le fameux procès-, j'optai pour un katana au fourreau blanc marbré de gris.
Il nous annonça, après que nous ayons tous choisi notre arme :
« Cette arme sera la dernière que vous toucherez. Si vous voulez en toucher d'autres, vous allez devoir vous battre. Vous vous affronterez en combat singulier avec celui que j'appellerai en même temps que vous. C'est un combat à mort, il n'y a donc pas d'abandon possible. Juste un suicide. Tous les coups sont permis. Ai-je été assez clair ? »
Tous les esclaves, y compris moi, s'échangèrent des regards inquiets, chacun se demandant contre qui il combattrait.
Il n'y en avait qu'un seul qui regardait droit devant lui. Il était grand, ses cheveux noirs étaient coupés à ras, et il avait opté pour une lance plus grande d'un mètre que lui. Son visage était grave et son regard perçant.
« Vous deux, approchez. »
Les deux hommes qu'il avait désignés s'avancèrent vers lui.
Le premier était bien bâti, bien qu'un peu court sur pattes, et avait choisi un marteau de combat imposant. Le deuxième était l'homme à la lance.
« Allez-y ! »
Le premier à bouger fut celui au marteau : il chercha à aller directement au corps-à-corps avec l'autre, mais son adversaire avait anticipé son mouvement. Il s'écarta sur le côté, faucha les jambes de son ennemi, et dans le même mouvement le décapita avec sa lame.
« Très bien, tu peux maintenant aller dans la salle à côté pour patienter le temps que les autres finissent leur combat. »
Je n'en revenais pas. Le vainqueur avait montré une telle maîtrise de son arme que moi et les 27 autres esclaves en restâmes ébahis.
Ensuite vint mon tour.
Je me suis retrouvé contre un homme ayant choisi de se battre avec deux épées simples.
Je fermai les yeux afin de me concentrer, et je laissai couler en moi le flot de tout ce que l'on avait eu le temps de m'enseigner, puis...
« Commencez ! »

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